Celle-ci est une partie d’une conversation très personnelle avec moi-même. Ces textes sont extraits d’un journal intime, né d’une introspection face au « corporate world ». Entre attentes déçues et solutions inattendues, ils résument trois années de mon expérience professionnelle. Ce journal n’était pas destiné à être lu, mais j’ai décidé de laisser ces mots « fuiter », peut-être dans l’espoir qu’ils résonnent avec d’autres.
Cela fait plus de trois ans que j’ai quitté le cocon familial, bon, « cocon » est sans doute abusé, celui-ci je l’ai quitté quand j’étais encore innocente. Mais cette récente expérience m’a prouvé qu’il me restait encore quelques bribes d’innocence. Bref, j’ai quitté ma famille pour la quête d’une vie meilleure ailleurs. Ce n’est pas le sujet principal aujourd’hui, mais c’était juste pour vous donner un peu le contexte.
Septembre 2022. Je plie mes bagages et dis adieu à ma famille. Contrairement à beaucoup de mes pairs qui partaient nager dans l’inconnu, j’avais une chance immense : un contrat en poche. Ce poste dans une firme internationale était mon ancre et mon espoir. Certes, je n’aurais pas beaucoup de flic comme certains de mes amis le pensent, mais au moins j’aurais l’occasion inestimable de grandir dans un milieu multiculturel. J’étais certaine de rencontrer des profils brillants, et j’anticipais d’y trouver, aussi, de belles personnes.
“De toutes les façons, c’est une grande compagnie. Il n’y a pas de places pour les ragots et autres bassesses du genre. On va travailler, on va collaborer et on va se hisser les uns les autres ”, mon cœur, encore rempli d’illusions, me soufflait alors.
Me voici avec mes valises dans cette mégalopole, parmi ces gratte-ciels et ces grands bureaux dignes de la série Suits. Ici, tout le monde court comme s’il était en retard. Le petit sourire est toujours au coin des lèvres, automatique, discret, artificiel. Il suffit de croiser un regard pour qu’il surgisse. Au bureau, même ambiance : chacun semble affairé, les discussions sont superficielles, les sourires polis, les assistances… diplomatiques. C’est d’ailleurs ainsi que j’en suis venue à détester cette expression “N’hésitez pas à me faire signe si vous avez besoin d’une quelconque aide”.
À bas les “high expectations”
Vous souvenez-vous de ce que mon cœur me murmurait au début ? Une sorte de mentalité utopique du genre : « Bienvenue dans la cour des grands. Ici, on se tient la main, loin des bassesses des organisations sans valeurs où, en plus de te battre pour mériter ta place, tu dois lécher le c*l du boss pour la maintenir”. Désolée, ma belle. Ici, c’est pire. Non seulement tu vas devoir cirer les bottes du boss, mais aussi celles de tes collègues plus anciens. Ce sont eux qui risquent de te saboter ou de te faire chanter si tu n’y prends pas garde.
Certes, les outils en ligne pour signaler le harcèlement sont légion. Les politiques internes nous encouragent à briser le silence. Mais le virus est déjà là. Personne ne se soucie vraiment de ton développement ; tout le monde est trop occupé, par le boulot ou par autre chose. Tu apprends à te débrouiller seule, à te faire une place dans une salle déjà pleine. Et si tu ne fais pas attention, tu te retrouves à ramper devant ceux que tu as trouvés sur place, sans que cela te garantisse le moindre succès.
Mais comment suis-je restée?
Une prise de conscience et puis….Des valeurs. Des principes. Des limites.
J’étais seule dans un pays étranger, sans famille ni amie proche. Et l’entreprise dans laquelle j’avais les illusions d’appartenir m’envoyer des Red flags. Puis-je changer quelque chose ? Non, je n’étais qu’une minuscule partie de cet « univers » qui est cette multinationale établie depuis le 18 e siècle. Eurekaaa! Le simple fait qu’ils aient pris le temps de me recruter, de me faire venir d’un pays lointain, signifiait une chose : ils avaient besoin de moi. De mon expertise, si minime soit-elle.
À très bientôt dans le deuxième épisode😊


